Xia

Philomene Longpre

XIA (2010-2011) Philomène Longpré. Galerie FOFA, Montreal, 2011, Crédit photo: Guy L’Heureux

 
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Description

Un système dans lequel la présence du visiteur déclenche différents états émotionnels d’un
personnage virtuel. XIA traduit le langage du corps et les modèles de comportement, tout en explorant
les interactions complexes entre les mondes physiques et virtuels. Dans un espace obscur, par l’intermédiaire d’un
réseau de capteurs à ultrasons, la présence des visiteurs ainsi que leurs mouvements sont détectés par le système
(via MAX-MSP Jitter). Le personnage virtuel projeté réagit subtilement à la présence du visiteur.

Technique

XIA — Installation vidéo interactive
(Environnement immersif, membrane vidéo, récit interactif, système de contrôle, projection vidéo, personnage virtuel, performance, sons numériques, programmation MAX-MSP/Jitter)

XIA présente une membrane vidéo que j’ai développée afin d’offrir un espace tridimensionnel pour que l’image vidéo puisse sembler y flotter. Comme le mentionne Rebecca Hiscott dans son article au sujet de cette oeuvre, “Le personnage semble sortir de l’écran, ce qui crée un effet holographique tridimensionnel choquant. » Dans cette installation interactive, la performance est le résultat d’une recherche sur les réponses sensorielles aux expériences que j’ai associées avec la « captivité ». XIA traduit le langage du corps, tout en explorant
 les interactions complexes entre les mondes physiques et virtuels. Dans un espace obscur, par l’intermédiaire d’un 
réseau de capteurs à ultrasons, la présence des visiteurs ainsi que leurs mouvements sont détectés par le système 
via MAX-MSP/Jitter. XIA, le personnage vidéo projeté réagit subtilement à la présence du visiteur.
 Cette oeuvre fut présentée à la Galerie 101 à Ottawa (2011), dans la Galerie MAIN de FOFA à Montréal (2011), et au Musée MSVU à Halifax (2012).

1. Rebecca Hiscott. Between Darkness and Light | Anima Shares the Vision of Ana Mendieta, The Link. Sept.13, 2011

Équipement

Un projecteur vidéo 2500 Lumens 1600:1 (NEC LT265) ; un mini mac avec Max Msp/Jitter ; un 
arduino ;
6 x capteurs à ultrasons ; 2 x haut-parleurs (Genelec HT 208Bs) ;
une boîte de bois pour placé l’équipement ; dessin sur papier rose (rouleau);
et membrane vidéo (dispositif vidéo).

Dimensions

Membrane vidéo (écran) 9 (L) x 11.4 (h) pieds, 8’3″ sur le plancher.
Espace obscur: 20 (L) x 10 (w) x 11 (h) pieds

Expositions


Publications

  • Mattes, Cathy and Christine Redfern. “Body Tracks/Traces du Corps”. 2012, 40p.,
    Gallery 101, ISBN 978-1-8996183-50-3
  • Driving Creativity, Artengine blog: Art and Technological Experimentation. Moving among moving images: Philomène Longpré’s Xia. Jaenine Parkinson. 5 août, 2011.
    http://artengine.ca/blog/?p=2448
  • The Various Contrivances of Philomène Longpré. Alison Syme. 2011.


Vidéo






Texte d’accompagnement de l’exposition
The Various Contrivances of Philomène Longpré/Les divers artifices de Philomène Longpré
de Alison Syme

Traduction de l’anglais: Chantal Grangé – Nadine Lennox

Xia. Dans la pénombre d’une salle d’exposition, reposant sur un fond d’un incarnat lumineux, exquis, une fleur de charbon de bois d’un noir velouté, tel le cœur de pollen d’un pavot est à la fois le cadre et l’empreinte de la lutte d’une prisonnière. Le corps de la créature captive est enveloppé de rose pâle ; de temps à autre une aile vermillon sombre se déploie du corps ou l’entoure. Au repos elle semble en apesanteur dans un nid de poussière mais s’anime à nouveau lorsque le visiteur s’approche. Les jambes s’agitent dans tous les sens ; la tête et les bras se secouent mécaniquement ; les mains se tendent vers l’un ou l’autre côté comme pour repousser quelque chose ou quelqu’un qu’elles devinent mais qui demeure invisible. L’être en quasi apesanteur bien qu’il se torde, se tourne doucement, ou se recroqueville en position fœtale, reste pris au piège dans sa prison de fleurs. Au son des grillons, de l’eau, du bois qui craque, de l’industrie, de la circulation, l’identité du personnage grandeur nature oscille entre une danseuse virevoltante, une sirène flottante, un oiseau ou un papillon au battement d’ailes frénétique. Un temps infini se déroule sous notre regard. Au gré des mouvements, la créature se couvre de plus en plus de poussière noire ; ses traits disparaissent sous un masque de velours. A certains moments elle s’absente, glisse hors de notre vue ; à d’autres, elle se fige sous la lumière stroboscopique. Pareille à un microcosme démesurément agrandi, la figure prise dans l’éclat de son piège incarnat s’apparente à un gros plan de film d’histoire naturelle. Le tableau est beau et déchirant ; cette scène de capture parvient à nous captiver.

L’artifice de Xia sous forme d’orchidée n’est pas inhabituel dans l’œuvre de Longpré : ses autres systèmes vidéo mettent en scène des allégories d’histoire naturelle. Dans Formica (nom latin de la fourmi), un personnage virtuel de couleur rouge suspendu à une corde ne cesse de se contorsionner jusqu’à ce que des lattes scintillantes le fige sur place. Dans Octopus, nous sommes face à une créature gainée de gris peu à peu piégée par des filaments blancs tentaculaires. La figure est projetée sur un écran mobile composé de rubans transparents en suspens. Lorsque l’effort pour se libérer atteint son paroxysme, l’écran lui-même commence à bouger, ondulant comme les algues dans la force d’un courant ; la créature et l’environnement se meuvent ensemble, tandis que la figure se secoue pour se libérer jusqu’à ce qu’elle soit de nouveau emmêlée. Cereus, dont le nom vient d’une espèce de grand cactus à floraison nocturne, est le meilleur guide pour comprendre Xia. L’installation de Cereus prend la forme d’une grande mais délicate fleur transparente. Ses pétales s’ouvrent doucement lorsque les visiteurs approchent ; ils sont aussi les membranes dans lesquelles l’image d’une figure miniature est projetée. Dans sa prison florale translucide, ce personnage est un reflet miroir du spectateur. Longpré a comparé les visiteurs de Cereus aux Sphinx papillons de nuit attirés par la fleur nocturne. Quelle est la nature de la perception ? Quelle est notre prédisposition aux ruses sensorielles ? Elaine Scarry a étudié les conséquences ingénieuses des « antécédents de la perception humaine dans les membranes des plantes » ; elle décrit la manière dont les pétales fonctionnent de façon imaginaire comme des figures de la « rétine mentale » sur lesquels les images sont formées pour nous-mêmes.1 En mettant en avant la capture du spectateur Cereus nous offre un pareil modèle de perception florale. Attiré par la beauté étrange de la fleur, absorbé par la vision de la figure éphémère sur la fragile membrane, le spectateur est captivé, tel un pollinisateur, par les artifices de la fleur. La perception entraîne inévitablement l’identification du champ visuel comme un piège aux nombreux leurres. Mais les œuvres de Philomène Longpré ne sont pas purement une expression poétique d’histoire naturelle. Au contraire, ses systèmes sophistiqués et sensibles sont stimulés par l’évolution technologique. Elle décrit Cereus comme une « structure robotique fonctionnant avec des déclencheurs pneumatiques », possédant en son centre un dispositif de projection laser. La structure cinétique d’Octopus est activée par des interrupteurs à lame souple. Xia contient des senseurs infrarouges et ultrasonores afin de détecter la présence, la position et les bruits des visiteurs ; l’illusion tridimensionnelle de la fée est créée par des strates superposées de vidéo haute définition rendant un effet holographique. Les scènes cyborgiennes orchestrées par Longpré ne nous attirent pas seulement dans un champ visuel mais nous font prendre conscience des conditions médiatisées de la perception elle-même et de notre immersion dans un environnement dans lequel nature et ruse sont indissociablement liées.

Le concept de l’artiste tout comme l’artifice dépendent du support technique. Dans Octopus, c’est le contenu traditionnel du film qui représente le piège : la figure sous-marine grisâtre est projetée en noir et blanc sur l’écran de lattes, accompagnée par les sons en accéléré des bobines et des cliquetis du projecteur. L’image à échelle de gris suggère la coloration sourde du royaume aquatique et les abîmes temporels du cinéma d’autrefois, pendant que les filaments lumineux emprisonnent la figure telles des taches de lumière sur un celluloïd accidenté, menaçant de briser non seulement le personnage mais aussi le récit. Dans Xia, le charbon de bois ainsi que l’écran de papier sont tous deux des substances végétales. Le fond incarnat déployé sur le sol de la galerie incite le spectateur à pénétrer dans le piège floral et à s’identifier à la figure voltigeante, vautrée dans son repaire de poudre, et à devenir lui-même une fée éthérée, un indigène peint de boue … à la fois Ariel et Caliban. Happés par le rêve de l’envol et la somptueuse couleur, emprisonnés dans des rets de lumière, nous demeurons empêtrés dans nos propres désirs.

1 Elaine Scarry, Dreaming by the Book (New York: Farrar, Strauss, and Giroux, 1999), 68, 49.

Alison Syme | Alison Syme est professeur associé d’art moderne à l’Université de Toronto. En 2005, elle a obtenu un doctorat en histoire de l’art de l’université de Harvard. Syme est aussi l’auteur du livre A Touch of Blossom: John Singer Sargent et la flore Queer de Fin-de-siècle d’art (Penn State University Press, 2010).